|
L'art traditionnel, un langage Universel
Quand on regarde une œuvre d'art traditionnelle,
on est toujours saisi par sa beauté, par son incroyable force d'expression,
et par cet indéfinissable mystère qui s'en dégage. Mais on ne peut
s'arrêter à ces simples constatations : de beauté, de force et de
mystère, sans quoi nous n'apprendrions rien de cet objet qui semble
vouloir interroger et stigmatiser notre intellect. En nous tournant
vers le monde moderne nous percevons immédiatement que plus rien autour
de nous n'est semblable à ces objets où l'on discerne la profondeur
de réflexion qui a présidé à leur manufacture. Nous comprenons que
l'artisan les a façonnés avec des gestes qui n'avaient rien de machinaux,
et que toute sa détermination, germait à la source de la recherche
de l'accomplissement d'une œuvre à l'image d'un archétype Universel.
Il n'est point besoin d'avoir étudié l'art pour percevoir qu'une courbe
est pure, que les proportions sont équilibrées, que les couleurs sont
harmonieuses, qu'une mélodie est envoûtante, que les idées d'un poème
s'enchaînent magiquement, que l'histoire d'un mythe conte l'histoire
primordiale. Notre œil intérieur a compris, sans que notre raison
n'en sache rien, qu'il y a là, devant nous, une Vérité inaltérable
et immuable, qui ne dépend ni des modes, ni des courants de pensée,
et que cet objet traditionnel parle un langage Universel. Pourtant,
nous, hommes modernes, sommes devenus des étrangers à ce langage,
qui semble réveiller en nous, le temps d'une pulsation infinitésimale,
un souvenir primordial. Mais très vite la fureur de la vie extérieure
résonne dans le silence mystérieux qui s'était introduit fugacement
par une faille abyssale, dans le firmament de l'espace et du temps
de notre conscience. Alors, nous poursuivont notre chemin un peu honteux
de n'avoir pas compris.
La Beauté et la Connaissance
La cause de notre ignorance peut trouver un début d'explication dans
les propos d'un Amérindien Shuar qui expliquait à un journaliste certains
rites de sa tradition :
" L'étranger ne comprend les choses qu'avec
ce qu'il sait "
Ceci peut être prolongé par Saint Thomas d'Aquin : " Le concept
de l'intelligence est la similitude de la chose connue".
(Somme Théologique, Q27, A. 2).
Ces assertions exposent parfaitement la
problématique du rapport de l'homme à la Connaissance dans son acception
la plus universelle. Pour comprendre, il faut devenir familier avec
l'objet de connaissance au point de s'identifier à lui. Mais aussi,
l'intelligibilité de ce que nous observons se fait à travers la similitude
que nous pouvons établir avec un " archétype universel " qui fait
que chaque chose est définie par une forme qui lui est propre. Ainsi
les œuvres traditionnelles qui nous sont étrangères, nous renvoient
à notre propre ignorance de la nature de l'esprit d'où elles ont germé.
Seule la Beauté sous toutes ses " formes " nous rappelle qu'il existe
des idées que l'on connaît indépendamment de tout savoir analytique
et discursif. Et cette beauté établit une relation inaliénable avec
la Connaissance. C'est ce qu'affirme Saint Thomas d'Aquin : " le beau
concerne la faculté de connaissance ", " c'est la connaissance qui
rend l'œuvre belle ".
Cette réciprocité de la connaissance et de la beauté, permet de mettre
en lumière les véritables motivations des artisans traditionnels.
À travers le travail sur la beauté, c'est une ascension vers la connaissance
qui est entreprise. Et lorsque l'on pénètre les significations des
œuvres, on s'aperçoit que ce sont les concepts métaphysiques de leur
doctrine qui sont mis en scène. En allant encore un peu plus loin
dans la compréhension de l'esprit qui anime les artisans, on ne tarde
pas à percevoir que cet élan vers la perception intime de la doctrine
et des vérités qui y sont inscrites, est la quête de tout un chacun.
Chaque individu du peuple traditionnel trouve une profession (qui
est alors un véritable outil de réalisation métaphysique) en rapport
avec sa nature profonde de manière à ce que toutes les activités extérieures
et les objets qui en sont issus s'harmonisent et favorisent la méditation
intérieure pour tendre vers une parfaite conformité avec les principes
premiers de sa tradition. Mais cet effort, s'il est entrepris, présuppose
d'avoir conscience que les fruits que l'on peut retirer de la connaissance
sont sans commune mesure avec tout ce que peut donner comme perspective
la jouissance des sens ordinaires.
L'Esprit traditionnel, l'Homme en lien avec
l'Unité
À ce stade de notre exposé, il est très important d'attirer l'attention
sur certains aspects de l'esprit traditionnel qui sont totalement
ignorés ou incompris (donc déformés) par les modernes, qui ne conçoivent
rien au-dessus de la religion telle qu'elle est vue en occident.
Tout d'abord, il faut bien saisir que le cœur des doctrines des peuples
traditionnels, est toujours métaphysique (ce qui est au-delà de la
physique matérialiste) car l'Univers et ce qui a présidé à son émergence,
ne peuvent être d'ordre humain ni appréhendés par les modalités ordinaires
de l'homme. Ceci peut se comprendre dans la mesure où l'indéfinité
de l'espace et du temps ne peut être perçue de manière sensible (par
les facultés des sens), comme ne peut être entendu de façon rationnelle
l'Infini. L'Univers, manifestation d'une indéfinité de Possibilités,
s'étendant sans limite et se déroulant sans commencement ni fin, est
bien là une Vérité supra-rationnelle ou supra-humaine, à laquelle
seul un état supra-conscient permet d'accéder. Le cœur des doctrines
traditionnelles est une expression de cette Vérité, mais comme la
nature particulière de celle-ci ne peut être réduite à un exposé rationnel,
l'expression est nécessairement synthétique, et le raisonnement permettant
de l'approcher par degré, nécessairement analogique.
Un autre point sur lequel il faut insister pour éviter toute méprise,
c'est que la nature profonde des doctrines traditionnelles n'est pas
dogmatique. En occident, nous n'abordons les fondements doctrinaux
de ces peuples qu'à partir des écritures traduites en nos langues
non symboliques, et nous tentons de comprendre les principes spirituels
métaphysiques à l'aulne des principes religieux dogmatiques de l'exotérisme
chrétien. Il y a là une double action déformatrice, d'une part par
la perte de la profondeur significative du langage symbolique par
l'utilisation d'un langage analytique, et d'autre part par la réduction
du domaine d'appréciation à un unique point de vue existentiel (qui
est estimé être le plus élevé) lui-même réduit à sa part anthropomorphique.
On peut citer A.K. Coomaraswamy pour illustrer ces propos : "Car
la chose connue étant dans celui qui connaît toujours et seulement
selon son propre mode, l'existence ne peut avoir connaissance que
de l'existence" (Une Nouvelle Approche des Védas, p95, Editions
Arché). Ceci conduit les occidentaux à déformer les concepts métaphysiques,
qui embrassent des domaines infiniment plus vastes que ceux de la
doctrine de l'Être (Dieu), pour les faire rentrer dans des classifications
profanes qui sont issues de l'incompréhension inhérente à une approche
extérieure, qui elle-même ne s'appuie que sur des interprétations
de textes traduits en une langue pour lesquels ils ne sont pas faits.
Ainsi, lorsque les doctrines traditionnelles évoquent une pluralité
de déités, cela est pris pour du polythéisme, alors que par ailleurs
il est toujours énoncé, dans ces mêmes doctrines, qu'il y a un Principe
Suprême en dehors duquel il n'y a rien. Pour prendre la tradition
Amérindienne comme exemple, combien de fois il a été affirmé qu'elle
était panthéiste et polythéiste, alors qu'elle affirme avec force
qu'il n'y a qu'un seul Principe Suprême appelé " Wakan-Tanka
" en dehors duquel il n'y a rien. Wakan-Tanka,
est l'équivalent du Tao de la tradition Extrême-Orientale,
de la Haqîqah du soufisme, de Brahma de
l'Hindouisme. Tous ces noms qui recouvrent exactement la même signification,
désignent un domaine qui s'étend bien au-delà de ce que les occidentaux
entendent aujourd'hui par Dieu. Les modernes ne conçoivent rien en
dehors de ces deux catégories qu'ils ont définies, le polythéisme
et le monothéisme, ignorant totalement que ces deux formes ne sont
finalement qu'une réduction d'un théisme plus vaste, qui résorbe ces
deux distinctions en une seule doctrine intégralement métaphysique.
Dans celle-ci, une multitude de points de vue s'étendent hiérarchiquement
du domaine métaphysique jusqu'au domaine le plus matérialiste. La
plupart du temps, il est possible de distinguer deux formes d'expression
de la doctrine : l'une, ésotérique, s'adresse aux individus qualifiés
pour en percevoir le sens le plus profond et l'autre, exotérique,
s'adresse à tous indistinctement. En occident, en des temps très éloignés,
sans doute étions-nous un peuple authentiquement traditionnel, où
la doctrine ésotérique Celtique maintenait nos ancêtres, par une transmission
intégralement orale, en lien avec les Vérités Universelles. Puis vint
l'époque où la tradition gréco-romaine prédomina pour dégénérer en
une idolâtrie vide de toute perception métaphysique, laissant les
hommes s'enfoncer dans l'ignorance et la violence. C'est le christianisme,
alors ésotérique, qui revigora le peuple occidental, le remettant
en contact avec les domaines spirituels de la métaphysique, et lui
permettant à travers des sciences traditionnelles principalement Orientales,
d'avoir des individus en lien avec le Principe Suprême. Mais, la fin
du moyen âge (qu'il faut situer au XIVe siècle), sonna le glas de
cette époque où la Beauté imprégnait tout le peuple, et où l'ésotérisme
Chrétien disparut définitivement, laissant place à une forme exotérique
qui inévitablement devint de plus en plus moralisante et dogmatique.
Esotérisme-Exotérisme deux formes d'expression
indissociables
En Extrême-Orient, la forme ésotérique est la doctrine Taoïste qui,
lorsqu'elle pris tardivement une forme écrite, reçu le terme générique
de Tao-Te-King de Lao-Tzeu. La forme exotérique quant
à elle s'exprima à travers la doctrine Confucianiste, et il est facile
de voir, alors, que l'exotérisme n'est pas nécessairement religieux.
Chez certains peuples la distinction n'est pas aussi nette. Par exemple,
chez les Amérindiens ou chez les Hindous, il est difficile d'établir
une séparation entre les deux domaines de la tradition, tant la doctrine
s'exprime à travers chaque modalité de la vie de ces peuples.
Ceci nous permet d'aborder un autre point capital, qui est le mode
de transmission de la doctrine, et plus particulièrement, de la part
la plus profonde de celle-ci, c'est-à-dire celle en lien avec le domaine
métaphysique. En Occident, nous pensons que le seul moyen de transmission
valable est l'écriture, mais dans les peuples traditionnels elle s'opère
d'une toute autre façon, et cela, en raison de la nature même de ce
qui est à transmettre. Comme nous l'avons dit précédemment, les Vérités
Universelles sont supra-humaines et supra-rationnelles, aussi leurs
supports d'expression doivent être de même nature. Nous comprenons
alors que l'écriture alphabétique qui met en œuvre un raisonnement
discursif et analytique, ne peut convenir pour transmettre ce qui
est en rapport avec l'indéfini et l'infini. Comment donc enseigner
ce qui n'a pas de limite (dans une certaine dimension) par la méthode
analytique ? Il faudrait pour cela parcourir toutes les possibilités.
Mais l'indéfinité même des possibilités interdit d'envisager cette
méthode. La transmission de la connaissance traditionnelle ne peut
se faire que par intégration et synthèse, c'est à dire par l'étude
des principes transcendantaux qui sont la source de l'indéfinité des
possibilités.
La transmission de l'indéfinité
Il est des choses qui ne peuvent s'exprimer
par aucun mot et qui pourtant sont tout ce qu'il y a de plus réel,
mais qui resteront toujours mystérieuses. Le génie d'un artisan est
de ces choses-là. Nous pouvons éclairer ces propos à l'aide d'un texte
Taoïste, qui nous aidera à comprendre que les écrits, de quelque nature
qu'ils soient, sont impuissants à communiquer une connaissance métaphysique
:
" Un jour, tandis que le duc Hoan de Ts'i lisait, assis
dans la salle haute, le charron Pien travaillait à faire une
roue dans la cour. Soudain, déposant son marteau et son ciseau, il
monta les degrés, aborda le duc et lui demanda: Qu'est-ce que vous
lisez là? - Les paroles des Sages, répondit le duc.
- De Sages vivants? demanda Pien.
- De Sages morts, dit le duc.
- Ah! fit Pien, le détritus des anciens
- Irrité, le duc lui dit: Charron, de quoi-te mêles-tu? Dépêche-toi
de te disculper, ou je te fais mettre à mort.
- Je vais me disculper en homme de mon métier, repartit le charron.
Quand je fabrique une roue, si j'y vais doucement, le résultat sera
faible; si j'y vais fortement, le résultat sera massif; si j'y vais,
je ne sais pas comment, le résultat sera conforme à mon idéal, une
bonne et belle roue; je ne puis pas définir cette méthode; c'est un
truc qui ne peut s'exprimer; tellement que je n'ai pas pu l'apprendre
à mon fils, et que, à soixante-dix ans, pour avoir une bonne roue,
il faut encore que je la fasse moi-même. Les anciens Sages défunts
dont vous lisez les livres, ont-ils pu faire mieux que moi? Ont-ils
pu déposer, dans leurs écrits, leur truc, leur génie, ce qui faisait
leur supériorité sur le vulgaire. Si non, les livres que vous lisez
ne sont, comme j'ai dit, que le détritus des anciens, le déchet
de leur esprit, lequel a cessé d'être". (Tchoang-Tzeu, ch
13- I, "Les Pères du Système Taoïste", Léon Wieger).
Ici, comme dans tout texte traditionnel, les éléments mis en scène
sont des symboles puissants, jamais pris au hasard, qui expriment,
concomitamment à leurs significations triviales, des vérités d'un
ordre supérieur. Qu'un charron serve de support pour illustrer la
nature de ce qui est en jeu dans la transmission d'une connaissance
métaphysique (le génie) n'est pas fortuit, car dans les peuples traditionnels
la roue est le principal symbole des cycles cosmiques. Dans l'extrait
que nous venons de donner est exprimé que les livres sont impuissants
à transmettre cet héritage supra-humain (" leur supériorité sur le
vulgaire ") qui fait que la réalisation de la roue sera Parfaite ("
le résultat sera conforme à mon idéal ", on retrouve le concept d'archétype).
De surcroît, on doit comprendre qu'il ne faut pas s'arrêter uniquement
à la confection matérielle de la roue, mais bien considérer, aussi,
sa signification transcendante. C'est donc lorsque l'individu aura
unifié tous ses rythmes aux rythmes cosmiques qu'il atteindra la Perfection.
Ce parcours de l'individu vers la Perfection est également d'ordre
supra-humain, puisqu'il ne dépend aucunement de la volonté humaine,
sans quoi le Charron aurait pu le faire emprunter à son propre fils.
Ce dépôt (le génie) que le Charron a reçu des Sages défunts, ne peut
s'exprimer par aucun mot et demande l'investissement de toute une
vie.
Il est écrit, ici, irréfutablement que les doctrines traditionnelles
ne sont pas prosélytes, car ceux qui atteindront la perfection sont
rares et cette élection ne dépend d'aucun caractère de filiation humaine.
C'est dire que la transformation de l'individu pour se mettre en conformité
avec les cycles de la Roue Cosmique, ne peut être accessible à tous
et tout prosélytisme est implicitement interdit. Atteindre ce but
suprême n'est pas même certain pour ceux qui sont très avancés sur
cette Voie, car le vieux charron doit encore " travailler " (continuer
à faire la roue lui-même, c'est-à-dire continuer son apprentissage).
On voit aussi qu'il n'y a aucun dogmatisme, car il est impossible
de définir les règles qui permettront à un individu d'atteindre la
Perfection, sans quoi ces règles auraient été écrites dans des livres.
Nous pouvons ajouter que la liberté de parole du charron, hiérarchiquement
inférieur au duc quant à sa situation sociale, montre bien que, pour
un peuple traditionnel, ce qui est au-dessus de tout est la Vérité,
et que le charron ne sera pas puni s'il dit la vérité. On peut retirer
de ce rapport de force entre les deux protagonistes, la notion "d'Acte
de Vérité" où le "connaissant", lorsqu'il agit, engage la totalité
de son être et lorsque cet engagement est la Vérité, aucun obstacle
(pas même la hiérarchie sociale) ne peut s'opposer à lui.
Nous saisissons que le génie dont il est question dans l'extrait,
est en quelque sorte une entité vivante, presque palpable, et qu'il
est bien plus qu'un simple concept littéral, ou de simples dispositions
psychologiques. Les différentes traditions ont donné un nom à cette
entité. On l'appelle Influences Spirituelles en Occident,
Chenn pour la doctrine Extrême-Orientale, hokshichankiya
(Semence Primordiale) pour la doctrine Amérindienne, et Barakah
pour le Soufisme de la tradition Islamique.
Si l'on veut tenter de synthétiser la définition d'un art ou d'une
science traditionnelle, on peut dire qu'il s'agit d'une science des
rythmes qui, par son exercice sous les Influences Spirituelles de
la tradition qui lui a donné vie, permet à un individu, s'il est qualifié,
de s'élever vers les connaissances métaphysiques. Cette élévation
est le parcours d'une Voie initiatique, qui transforme (à prendre
au sens étymologique "passer au-delà de la forme") l'individu qui
la suit pour lui permettre d'ouvrir sa conscience à une perception
supra-humaine dans un premier temps, puis, dans un deuxième temps,
de s'identifier intégralement au Principe Universel afin de réaliser
la " Délivrance " des limitations intrinsèques au domaine de la Manifestation
Universelle.
Les Voies arts et sciences du rythme
Sans entrer dans les détails, on peut dire que toutes les traditions
proposent trois types de Voies qui sont en rapport avec la hiérarchie
principielle Universelle, Ciel-Homme-Sol ; ce sont les Voies métaphysiques,
les Voies Guerrières et les Voies Artisanales. Les sciences des rythmes
sont alors en rapport respectivement avec l'Essence, l'Energie et
la Matière. On comprend que lorsque l'artisan (sculpteur, peintre,
…) réalise une œuvre conforme aux archétypes universels par la mise
en scène d'une harmonie des proportions, il réalise par transsubstantiation
une transformation de son individualité. De la même manière, un guerrier
ou un danseur, lorsqu'ils s'accordent avec les gestes du sacrifice
primordial qui a présidé à la distinction des êtres dans le courant
des formes de la manifestation, quand ils miment les lois énergétiques
qui régissent le domaine entre Ciel et Sol, alors ils s'identifient
à l'effort immanent du Moteur Immobile, à l'activité non agissante
du moyeu de la Roue Cosmique. Enfin, le Sage intégrant en lui la Force
du Guerrier et la Beauté produite par l'Artisan, unissant et conciliant
tous les opposés, s'identifie au Principe Suprême. Ainsi un objet
usuel, une sculpture, une peinture, une danse, un morceau de musique,
un poème, un mythe, … sont des symboles traditionnels, contenant une
part de la Connaissance Universelle. Ils sont des objets de méditation,
et l'on comprend que celui qui use de l'objet peut, par sa contemplation,
s'élever spirituellement. Mais il devient aussi évident que celui
qui a manufacturé l'objet ou l'œuvre, par cet effort conforme à l'Effort
Universel, s'identifie à l'Être, Principe de toute chose, c'est-à-dire
raison d'être de toutes choses et de l'effort qui meut toutes choses.
Le mythe, un rythme archétypal de l'Histoire
Alors le mythe est bien autre chose
qu'une simple légende romancée ou qu'une fable fantaisiste, il est
un rythme d'histoire archétypale, qui conte une part des lois universelles.
Il est intéressant de comparer l'étymologie des mots grecs desquels
sont issus "mythe" et "fable". "Fabula" est tiré de "fari" qui signifie
parler alors que "Muthos" est tiré de la racine "mu" qui représente
la bouche fermée et désigne le silence. Il y a bien là, une opposition
très nette entre les deux mots et d'un point de vue métaphysique et
initiatique les conséquences sont considérables. Que Mythe soit en
lien avec le silence est bien signifier que sa fonction est d'exprimer
par le symbole et l'analogie une vérité que l'on ne peut rendre en
"parlant" (par le langage ordinaire). D'autre part, le Silence est
souvent utilisé pour permettre d'appréhender les concepts d'Être et
de Non-Être, de Manifestation et de Non-Manifestation.
En effet, le Silence est le Principe de tous les sons, de ceux qui
se manifesteront effectivement, de ceux qui sont "manifestables" mais
qui ne se manifesteront jamais, mais aussi de tous ceux qui ne sont
pas "manifestables". Il est intéressant de noter aussi, que "mueô"
désigne initier (aux mystères) et sous-entend à la fois instruire
sans parole (ce qui est le propre de l'enseignement traditionnel)
et consacrer (rendre sacré). Nous voyons à travers toutes ses considérations
que la fonction du mythe est bien plus profonde que ce que l'on peut
imaginer de nos jours où tout lien avec la métaphysique a été rompu.
Un mythe a une fonction d'enseignement, de transmission d'une connaissance
inexprimable par les moyens ordinaires. Il est un support de méditation
permettant de faciliter le cheminement spirituel du néophyte qui reçoit
l'instruction silencieuse de son Maître (les Influences Spirituelles).
Pour compléter toutes ces considérations, voir "Aperçu sur l'Initiation,
Chap. XVII, René Guénon, Editions Traditionnelles".
Le Mythe du Soleil Dogon est bien de ce genre là et nous allons voir
comment il peut être lu. Il est bien évident que la lecture que nous
allons en faire n'est pas exhaustive, et bien au contraire, il est
même souhaitable qu'elle en appelle d'autres. Car le mythe étant un
Principe Universel, un Rythme Archétypal, une Loi Universelle, il
est susceptible d'une multitude (indéfinie) d'applications diverses,
complémentaires et non contradictoires.
Bibliographie
La philosophie Chrétienne et Orientale de l'Art,
A.K.Coomaraswamy, Editions Prades
Hindouisme et Bouddhisme, Editions Folio Essais
La Doctrine du Sacrifice, Editions Dervy
Une nouvelle approche des Védas, Editions Arché
L'Art du Monde, Luc Benoist, Editions
Gallimard
Les Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée,
René Guénon, Editions Gallimard
Orient et Occident, Editions Guy Trédaniel
Introduction générale à l'étude des
doctrines Hindoues, Editions Guy Trédaniel Aperçu sur l'Initiation,
Editions Traditionnelles
Les états multiples de l'être, Editions Guy Trédaniel
Le Principe du calcul Infinitésimal, Editions Gallimard
Le symbolisme de la Croix, Editions Guy Trédaniel
La Voie Métaphysique, Matgioi, Editions Traditionnelles
La Voie Rationnelle, Editions Traditionnelles
Les Pères du Système Taoïste, Léon Wieger,
Editions Belles Lettres
Elan Noir Parle, Black El, Editions
Le Mail
L'Héritage Spirituel des Indiens d'Amérique, Joseph Epes Brown,
Editions Le Mail L'oiseau Tonnerre, Paul Coze,
Editions Je Sers
Les quatre âges de l'humanité, Gaston Georgel,
2ème édition (Revue et complétée), Editions Arché
Les Cycles du Ciel et de la Terre, Serges
Desporte, Editions Sully
(Merci à Philippe DOUSSIN)
|