à propos du pendentif dit "soleil dogon"...
«Introduction à l'étude du mythe du Soleil Dogon
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(par Philippe Doussin)

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L'art traditionnel, un langage Universel
Quand on regarde une œuvre d'art traditionnelle, on est toujours saisi par sa beauté, par son incroyable force d'expression, et par cet indéfinissable mystère qui s'en dégage. Mais on ne peut s'arrêter à ces simples constatations : de beauté, de force et de mystère, sans quoi nous n'apprendrions rien de cet objet qui semble vouloir interroger et stigmatiser notre intellect. En nous tournant vers le monde moderne nous percevons immédiatement que plus rien autour de nous n'est semblable à ces objets où l'on discerne la profondeur de réflexion qui a présidé à leur manufacture. Nous comprenons que l'artisan les a façonnés avec des gestes qui n'avaient rien de machinaux, et que toute sa détermination, germait à la source de la recherche de l'accomplissement d'une œuvre à l'image d'un archétype Universel. Il n'est point besoin d'avoir étudié l'art pour percevoir qu'une courbe est pure, que les proportions sont équilibrées, que les couleurs sont harmonieuses, qu'une mélodie est envoûtante, que les idées d'un poème s'enchaînent magiquement, que l'histoire d'un mythe conte l'histoire primordiale. Notre œil intérieur a compris, sans que notre raison n'en sache rien, qu'il y a là, devant nous, une Vérité inaltérable et immuable, qui ne dépend ni des modes, ni des courants de pensée, et que cet objet traditionnel parle un langage Universel. Pourtant, nous, hommes modernes, sommes devenus des étrangers à ce langage, qui semble réveiller en nous, le temps d'une pulsation infinitésimale, un souvenir primordial. Mais très vite la fureur de la vie extérieure résonne dans le silence mystérieux qui s'était introduit fugacement par une faille abyssale, dans le firmament de l'espace et du temps de notre conscience. Alors, nous poursuivont notre chemin un peu honteux de n'avoir pas compris.

La Beauté et la Connaissance
La cause de notre ignorance peut trouver un début d'explication dans les propos d'un Amérindien Shuar qui expliquait à un journaliste certains rites de sa tradition :
" L'étranger ne comprend les choses qu'avec ce qu'il sait "
Ceci peut être prolongé par Saint Thomas d'Aquin : " Le concept de l'intelligence est la similitude de la chose connue". (Somme Théologique, Q27, A. 2).
Ces assertions exposent parfaitement la problématique du rapport de l'homme à la Connaissance dans son acception la plus universelle. Pour comprendre, il faut devenir familier avec l'objet de connaissance au point de s'identifier à lui. Mais aussi, l'intelligibilité de ce que nous observons se fait à travers la similitude que nous pouvons établir avec un " archétype universel " qui fait que chaque chose est définie par une forme qui lui est propre. Ainsi les œuvres traditionnelles qui nous sont étrangères, nous renvoient à notre propre ignorance de la nature de l'esprit d'où elles ont germé. Seule la Beauté sous toutes ses " formes " nous rappelle qu'il existe des idées que l'on connaît indépendamment de tout savoir analytique et discursif. Et cette beauté établit une relation inaliénable avec la Connaissance. C'est ce qu'affirme Saint Thomas d'Aquin : " le beau concerne la faculté de connaissance ", " c'est la connaissance qui rend l'œuvre belle ".
Cette réciprocité de la connaissance et de la beauté, permet de mettre en lumière les véritables motivations des artisans traditionnels. À travers le travail sur la beauté, c'est une ascension vers la connaissance qui est entreprise. Et lorsque l'on pénètre les significations des œuvres, on s'aperçoit que ce sont les concepts métaphysiques de leur doctrine qui sont mis en scène. En allant encore un peu plus loin dans la compréhension de l'esprit qui anime les artisans, on ne tarde pas à percevoir que cet élan vers la perception intime de la doctrine et des vérités qui y sont inscrites, est la quête de tout un chacun. Chaque individu du peuple traditionnel trouve une profession (qui est alors un véritable outil de réalisation métaphysique) en rapport avec sa nature profonde de manière à ce que toutes les activités extérieures et les objets qui en sont issus s'harmonisent et favorisent la méditation intérieure pour tendre vers une parfaite conformité avec les principes premiers de sa tradition. Mais cet effort, s'il est entrepris, présuppose d'avoir conscience que les fruits que l'on peut retirer de la connaissance sont sans commune mesure avec tout ce que peut donner comme perspective la jouissance des sens ordinaires.

L'Esprit traditionnel, l'Homme en lien avec l'Unité
À ce stade de notre exposé, il est très important d'attirer l'attention sur certains aspects de l'esprit traditionnel qui sont totalement ignorés ou incompris (donc déformés) par les modernes, qui ne conçoivent rien au-dessus de la religion telle qu'elle est vue en occident.
Tout d'abord, il faut bien saisir que le cœur des doctrines des peuples traditionnels, est toujours métaphysique (ce qui est au-delà de la physique matérialiste) car l'Univers et ce qui a présidé à son émergence, ne peuvent être d'ordre humain ni appréhendés par les modalités ordinaires de l'homme. Ceci peut se comprendre dans la mesure où l'indéfinité de l'espace et du temps ne peut être perçue de manière sensible (par les facultés des sens), comme ne peut être entendu de façon rationnelle l'Infini. L'Univers, manifestation d'une indéfinité de Possibilités, s'étendant sans limite et se déroulant sans commencement ni fin, est bien là une Vérité supra-rationnelle ou supra-humaine, à laquelle seul un état supra-conscient permet d'accéder. Le cœur des doctrines traditionnelles est une expression de cette Vérité, mais comme la nature particulière de celle-ci ne peut être réduite à un exposé rationnel, l'expression est nécessairement synthétique, et le raisonnement permettant de l'approcher par degré, nécessairement analogique.
Un autre point sur lequel il faut insister pour éviter toute méprise, c'est que la nature profonde des doctrines traditionnelles n'est pas dogmatique. En occident, nous n'abordons les fondements doctrinaux de ces peuples qu'à partir des écritures traduites en nos langues non symboliques, et nous tentons de comprendre les principes spirituels métaphysiques à l'aulne des principes religieux dogmatiques de l'exotérisme chrétien. Il y a là une double action déformatrice, d'une part par la perte de la profondeur significative du langage symbolique par l'utilisation d'un langage analytique, et d'autre part par la réduction du domaine d'appréciation à un unique point de vue existentiel (qui est estimé être le plus élevé) lui-même réduit à sa part anthropomorphique. On peut citer A.K. Coomaraswamy pour illustrer ces propos : "Car la chose connue étant dans celui qui connaît toujours et seulement selon son propre mode, l'existence ne peut avoir connaissance que de l'existence" (Une Nouvelle Approche des Védas, p95, Editions Arché). Ceci conduit les occidentaux à déformer les concepts métaphysiques, qui embrassent des domaines infiniment plus vastes que ceux de la doctrine de l'Être (Dieu), pour les faire rentrer dans des classifications profanes qui sont issues de l'incompréhension inhérente à une approche extérieure, qui elle-même ne s'appuie que sur des interprétations de textes traduits en une langue pour lesquels ils ne sont pas faits. Ainsi, lorsque les doctrines traditionnelles évoquent une pluralité de déités, cela est pris pour du polythéisme, alors que par ailleurs il est toujours énoncé, dans ces mêmes doctrines, qu'il y a un Principe Suprême en dehors duquel il n'y a rien. Pour prendre la tradition Amérindienne comme exemple, combien de fois il a été affirmé qu'elle était panthéiste et polythéiste, alors qu'elle affirme avec force qu'il n'y a qu'un seul Principe Suprême appelé " Wakan-Tanka " en dehors duquel il n'y a rien. Wakan-Tanka, est l'équivalent du Tao de la tradition Extrême-Orientale, de la Haqîqah du soufisme, de Brahma de l'Hindouisme. Tous ces noms qui recouvrent exactement la même signification, désignent un domaine qui s'étend bien au-delà de ce que les occidentaux entendent aujourd'hui par Dieu. Les modernes ne conçoivent rien en dehors de ces deux catégories qu'ils ont définies, le polythéisme et le monothéisme, ignorant totalement que ces deux formes ne sont finalement qu'une réduction d'un théisme plus vaste, qui résorbe ces deux distinctions en une seule doctrine intégralement métaphysique.
Dans celle-ci, une multitude de points de vue s'étendent hiérarchiquement du domaine métaphysique jusqu'au domaine le plus matérialiste. La plupart du temps, il est possible de distinguer deux formes d'expression de la doctrine : l'une, ésotérique, s'adresse aux individus qualifiés pour en percevoir le sens le plus profond et l'autre, exotérique, s'adresse à tous indistinctement. En occident, en des temps très éloignés, sans doute étions-nous un peuple authentiquement traditionnel, où la doctrine ésotérique Celtique maintenait nos ancêtres, par une transmission intégralement orale, en lien avec les Vérités Universelles. Puis vint l'époque où la tradition gréco-romaine prédomina pour dégénérer en une idolâtrie vide de toute perception métaphysique, laissant les hommes s'enfoncer dans l'ignorance et la violence. C'est le christianisme, alors ésotérique, qui revigora le peuple occidental, le remettant en contact avec les domaines spirituels de la métaphysique, et lui permettant à travers des sciences traditionnelles principalement Orientales, d'avoir des individus en lien avec le Principe Suprême. Mais, la fin du moyen âge (qu'il faut situer au XIVe siècle), sonna le glas de cette époque où la Beauté imprégnait tout le peuple, et où l'ésotérisme Chrétien disparut définitivement, laissant place à une forme exotérique qui inévitablement devint de plus en plus moralisante et dogmatique.

Esotérisme-Exotérisme deux formes d'expression indissociables
En Extrême-Orient, la forme ésotérique est la doctrine Taoïste qui, lorsqu'elle pris tardivement une forme écrite, reçu le terme générique de Tao-Te-King de Lao-Tzeu. La forme exotérique quant à elle s'exprima à travers la doctrine Confucianiste, et il est facile de voir, alors, que l'exotérisme n'est pas nécessairement religieux. Chez certains peuples la distinction n'est pas aussi nette. Par exemple, chez les Amérindiens ou chez les Hindous, il est difficile d'établir une séparation entre les deux domaines de la tradition, tant la doctrine s'exprime à travers chaque modalité de la vie de ces peuples.
Ceci nous permet d'aborder un autre point capital, qui est le mode de transmission de la doctrine, et plus particulièrement, de la part la plus profonde de celle-ci, c'est-à-dire celle en lien avec le domaine métaphysique. En Occident, nous pensons que le seul moyen de transmission valable est l'écriture, mais dans les peuples traditionnels elle s'opère d'une toute autre façon, et cela, en raison de la nature même de ce qui est à transmettre. Comme nous l'avons dit précédemment, les Vérités Universelles sont supra-humaines et supra-rationnelles, aussi leurs supports d'expression doivent être de même nature. Nous comprenons alors que l'écriture alphabétique qui met en œuvre un raisonnement discursif et analytique, ne peut convenir pour transmettre ce qui est en rapport avec l'indéfini et l'infini. Comment donc enseigner ce qui n'a pas de limite (dans une certaine dimension) par la méthode analytique ? Il faudrait pour cela parcourir toutes les possibilités. Mais l'indéfinité même des possibilités interdit d'envisager cette méthode. La transmission de la connaissance traditionnelle ne peut se faire que par intégration et synthèse, c'est à dire par l'étude des principes transcendantaux qui sont la source de l'indéfinité des possibilités.

La transmission de l'indéfinité
Il est des choses qui ne peuvent s'exprimer par aucun mot et qui pourtant sont tout ce qu'il y a de plus réel, mais qui resteront toujours mystérieuses. Le génie d'un artisan est de ces choses-là. Nous pouvons éclairer ces propos à l'aide d'un texte Taoïste, qui nous aidera à comprendre que les écrits, de quelque nature qu'ils soient, sont impuissants à communiquer une connaissance métaphysique :
" Un jour, tandis que le duc Hoan de Ts'i lisait, assis dans la salle haute, le charron Pien travaillait à faire une roue dans la cour. Soudain, déposant son marteau et son ciseau, il monta les degrés, aborda le duc et lui demanda: Qu'est-ce que vous lisez là? - Les paroles des Sages, répondit le duc.
- De Sages vivants? demanda Pien.
- De Sages morts, dit le duc.
- Ah! fit Pien, le détritus des anciens
- Irrité, le duc lui dit: Charron, de quoi-te mêles-tu? Dépêche-toi de te disculper, ou je te fais mettre à mort.
- Je vais me disculper en homme de mon métier, repartit le charron. Quand je fabrique une roue, si j'y vais doucement, le résultat sera faible; si j'y vais fortement, le résultat sera massif; si j'y vais, je ne sais pas comment, le résultat sera conforme à mon idéal, une bonne et belle roue; je ne puis pas définir cette méthode; c'est un truc qui ne peut s'exprimer; tellement que je n'ai pas pu l'apprendre à mon fils, et que, à soixante-dix ans, pour avoir une bonne roue, il faut encore que je la fasse moi-même. Les anciens Sages défunts dont vous lisez les livres, ont-ils pu faire mieux que moi? Ont-ils pu déposer, dans leurs écrits, leur truc, leur génie, ce qui faisait leur supériorité sur le vulgaire. Si non, les livres que vous lisez ne sont, comme j'ai dit, que le détritus des anciens, le déchet de leur esprit, lequel a cessé d'être". (Tchoang-Tzeu, ch 13- I, "Les Pères du Système Taoïste", Léon Wieger).
Ici, comme dans tout texte traditionnel, les éléments mis en scène sont des symboles puissants, jamais pris au hasard, qui expriment, concomitamment à leurs significations triviales, des vérités d'un ordre supérieur. Qu'un charron serve de support pour illustrer la nature de ce qui est en jeu dans la transmission d'une connaissance métaphysique (le génie) n'est pas fortuit, car dans les peuples traditionnels la roue est le principal symbole des cycles cosmiques. Dans l'extrait que nous venons de donner est exprimé que les livres sont impuissants à transmettre cet héritage supra-humain (" leur supériorité sur le vulgaire ") qui fait que la réalisation de la roue sera Parfaite (" le résultat sera conforme à mon idéal ", on retrouve le concept d'archétype). De surcroît, on doit comprendre qu'il ne faut pas s'arrêter uniquement à la confection matérielle de la roue, mais bien considérer, aussi, sa signification transcendante. C'est donc lorsque l'individu aura unifié tous ses rythmes aux rythmes cosmiques qu'il atteindra la Perfection. Ce parcours de l'individu vers la Perfection est également d'ordre supra-humain, puisqu'il ne dépend aucunement de la volonté humaine, sans quoi le Charron aurait pu le faire emprunter à son propre fils. Ce dépôt (le génie) que le Charron a reçu des Sages défunts, ne peut s'exprimer par aucun mot et demande l'investissement de toute une vie.
Il est écrit, ici, irréfutablement que les doctrines traditionnelles ne sont pas prosélytes, car ceux qui atteindront la perfection sont rares et cette élection ne dépend d'aucun caractère de filiation humaine. C'est dire que la transformation de l'individu pour se mettre en conformité avec les cycles de la Roue Cosmique, ne peut être accessible à tous et tout prosélytisme est implicitement interdit. Atteindre ce but suprême n'est pas même certain pour ceux qui sont très avancés sur cette Voie, car le vieux charron doit encore " travailler " (continuer à faire la roue lui-même, c'est-à-dire continuer son apprentissage). On voit aussi qu'il n'y a aucun dogmatisme, car il est impossible de définir les règles qui permettront à un individu d'atteindre la Perfection, sans quoi ces règles auraient été écrites dans des livres. Nous pouvons ajouter que la liberté de parole du charron, hiérarchiquement inférieur au duc quant à sa situation sociale, montre bien que, pour un peuple traditionnel, ce qui est au-dessus de tout est la Vérité, et que le charron ne sera pas puni s'il dit la vérité. On peut retirer de ce rapport de force entre les deux protagonistes, la notion "d'Acte de Vérité" où le "connaissant", lorsqu'il agit, engage la totalité de son être et lorsque cet engagement est la Vérité, aucun obstacle (pas même la hiérarchie sociale) ne peut s'opposer à lui.
Nous saisissons que le génie dont il est question dans l'extrait, est en quelque sorte une entité vivante, presque palpable, et qu'il est bien plus qu'un simple concept littéral, ou de simples dispositions psychologiques. Les différentes traditions ont donné un nom à cette entité. On l'appelle Influences Spirituelles en Occident, Chenn pour la doctrine Extrême-Orientale, hokshichankiya (Semence Primordiale) pour la doctrine Amérindienne, et Barakah pour le Soufisme de la tradition Islamique.
Si l'on veut tenter de synthétiser la définition d'un art ou d'une science traditionnelle, on peut dire qu'il s'agit d'une science des rythmes qui, par son exercice sous les Influences Spirituelles de la tradition qui lui a donné vie, permet à un individu, s'il est qualifié, de s'élever vers les connaissances métaphysiques. Cette élévation est le parcours d'une Voie initiatique, qui transforme (à prendre au sens étymologique "passer au-delà de la forme") l'individu qui la suit pour lui permettre d'ouvrir sa conscience à une perception supra-humaine dans un premier temps, puis, dans un deuxième temps, de s'identifier intégralement au Principe Universel afin de réaliser la " Délivrance " des limitations intrinsèques au domaine de la Manifestation Universelle.

Les Voies arts et sciences du rythme
Sans entrer dans les détails, on peut dire que toutes les traditions proposent trois types de Voies qui sont en rapport avec la hiérarchie principielle Universelle, Ciel-Homme-Sol ; ce sont les Voies métaphysiques, les Voies Guerrières et les Voies Artisanales. Les sciences des rythmes sont alors en rapport respectivement avec l'Essence, l'Energie et la Matière. On comprend que lorsque l'artisan (sculpteur, peintre, …) réalise une œuvre conforme aux archétypes universels par la mise en scène d'une harmonie des proportions, il réalise par transsubstantiation une transformation de son individualité. De la même manière, un guerrier ou un danseur, lorsqu'ils s'accordent avec les gestes du sacrifice primordial qui a présidé à la distinction des êtres dans le courant des formes de la manifestation, quand ils miment les lois énergétiques qui régissent le domaine entre Ciel et Sol, alors ils s'identifient à l'effort immanent du Moteur Immobile, à l'activité non agissante du moyeu de la Roue Cosmique. Enfin, le Sage intégrant en lui la Force du Guerrier et la Beauté produite par l'Artisan, unissant et conciliant tous les opposés, s'identifie au Principe Suprême. Ainsi un objet usuel, une sculpture, une peinture, une danse, un morceau de musique, un poème, un mythe, … sont des symboles traditionnels, contenant une part de la Connaissance Universelle. Ils sont des objets de méditation, et l'on comprend que celui qui use de l'objet peut, par sa contemplation, s'élever spirituellement. Mais il devient aussi évident que celui qui a manufacturé l'objet ou l'œuvre, par cet effort conforme à l'Effort Universel, s'identifie à l'Être, Principe de toute chose, c'est-à-dire raison d'être de toutes choses et de l'effort qui meut toutes choses.

Le mythe, un rythme archétypal de l'Histoire
Alors le mythe est bien autre chose qu'une simple légende romancée ou qu'une fable fantaisiste, il est un rythme d'histoire archétypale, qui conte une part des lois universelles. Il est intéressant de comparer l'étymologie des mots grecs desquels sont issus "mythe" et "fable". "Fabula" est tiré de "fari" qui signifie parler alors que "Muthos" est tiré de la racine "mu" qui représente la bouche fermée et désigne le silence. Il y a bien là, une opposition très nette entre les deux mots et d'un point de vue métaphysique et initiatique les conséquences sont considérables. Que Mythe soit en lien avec le silence est bien signifier que sa fonction est d'exprimer par le symbole et l'analogie une vérité que l'on ne peut rendre en "parlant" (par le langage ordinaire). D'autre part, le Silence est souvent utilisé pour permettre d'appréhender les concepts d'Être et de Non-Être, de Manifestation et de Non-Manifestation. En effet, le Silence est le Principe de tous les sons, de ceux qui se manifesteront effectivement, de ceux qui sont "manifestables" mais qui ne se manifesteront jamais, mais aussi de tous ceux qui ne sont pas "manifestables". Il est intéressant de noter aussi, que "mueô" désigne initier (aux mystères) et sous-entend à la fois instruire sans parole (ce qui est le propre de l'enseignement traditionnel) et consacrer (rendre sacré). Nous voyons à travers toutes ses considérations que la fonction du mythe est bien plus profonde que ce que l'on peut imaginer de nos jours où tout lien avec la métaphysique a été rompu. Un mythe a une fonction d'enseignement, de transmission d'une connaissance inexprimable par les moyens ordinaires. Il est un support de méditation permettant de faciliter le cheminement spirituel du néophyte qui reçoit l'instruction silencieuse de son Maître (les Influences Spirituelles). Pour compléter toutes ces considérations, voir "Aperçu sur l'Initiation, Chap. XVII, René Guénon, Editions Traditionnelles".
Le Mythe du Soleil Dogon est bien de ce genre là et nous allons voir comment il peut être lu. Il est bien évident que la lecture que nous allons en faire n'est pas exhaustive, et bien au contraire, il est même souhaitable qu'elle en appelle d'autres. Car le mythe étant un Principe Universel, un Rythme Archétypal, une Loi Universelle, il est susceptible d'une multitude (indéfinie) d'applications diverses, complémentaires et non contradictoires.

Bibliographie

La philosophie Chrétienne et Orientale de l'Art, A.K.Coomaraswamy, Editions Prades
Hindouisme et Bouddhisme, Editions Folio Essais
La Doctrine du Sacrifice, Editions Dervy
Une nouvelle approche des Védas, Editions Arché

L'Art du Monde, Luc Benoist, Editions Gallimard

Les Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée, René Guénon, Editions Gallimard
Orient et Occident, Editions Guy Trédaniel
Introduction générale à l'étude des doctrines Hindoues, Editions Guy Trédaniel Aperçu sur l'Initiation, Editions Traditionnelles
Les états multiples de l'être, Editions Guy Trédaniel
Le Principe du calcul Infinitésimal, Editions Gallimard
Le symbolisme de la Croix, Editions Guy Trédaniel

La Voie Métaphysique, Matgioi, Editions Traditionnelles
La Voie Rationnelle, Editions Traditionnelles

Les Pères du Système Taoïste, Léon Wieger, Editions Belles Lettres

Elan Noir Parle, Black El, Editions Le Mail
L'Héritage Spirituel des Indiens d'Amérique, Joseph Epes Brown, Editions Le Mail L'oiseau Tonnerre, Paul Coze, Editions Je Sers

Les quatre âges de l'humanité, Gaston Georgel, 2ème édition (Revue et complétée), Editions Arché

Les Cycles du Ciel et de la Terre, Serges Desporte, Editions Sully

(Merci à Philippe DOUSSIN)

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mise à jour le 3 mars 2005   m'envoyer un mail  contact